Caisse publique: Mensonges et mauvaise foi

(Extrait du N° 136 de septembre 2014)

Depuis des années, les primes augmentent, la chasse aux bons risques s’accentue, les prestataires de soins se plaignent de l’entrave concrète que les caisses maladie constituent pour la qualité des soins. Bref, on est plumé sans résistance possible par des entreprises qui augmentent chaque année le prix du produit qu’on est obligé de leur acheter pour des prestations dont la qualité ne peut s’améliorer, car ce serait contraire à leurs intérêts calculés à très court terme. Voici quelques-uns des mensonges du comité pour le non.

 Mensonge n° 1: la caisse unique limiterait les libertés dont nous jouissons dans le système actuel.

Non seulement la « liberté » invoquée est relative et peu intéressante (franchise, assurance, modèle de restriction), mais surtout, plutôt que de choisir son abuseur, il faut mettre fin à l’abus. Rappelons en passant que c’est au nom de cette liberté (la leur) que les caisses veulent pouvoir choisir les prestataires de soins avec qui contracter et nous obliger à faire appel à des prestataires choisis par elles. Il s’agit de ne pas enfermer ce débat dans leur vision exclusivement commerciale de la santé. L’enjeu n’est pas de pouvoir choisir ses soins comme au supermarché, mais de développer des services publics de qualité, accessibles à toutes et tous, et en mains publiques — qui n’est pas forcément synonyme d’étatique, comme le croient les opposant·e·s. Ce point est crucial, et signifie que la santé doit être contrôlée par chacun·e, contrairement à la gestion privée de l’assurance actuelle. De surcroît, la politique des caisses vides n’est pas une fatalité, mais un choix politique. Les limitations éventuellement proposées devront faire l’objet de décisions sur lesquelles le peuple sera souverain.

 Mensonge n° 2: une caisse publique n’a aucun effet sur les coûts, qui d’ailleurs sont très bien contrôlés aujourd’hui.

D’abord, ne confondons pas coûts de la santé, coûts de fonctionnement des caisses et montant des primes. L’initiative ne concerne pas directement la gestion des prestations de santé, et ne changera donc pas les dépenses de santé, même si un contrôle public ne sera probablement pas sans effet à terme. Concernant les coûts de fonctionnement, les opposant·e·s sont incohérents, invoquant une rationalisation des processus et les pertes d’emplois qui seraient engendrées par le passage à une caisse publique, tout en dépeignant le plus souvent cette dernière comme un monstre bureaucratique plus coûteux que les 61 caisses actuelles. Cependant, même si la répercussion sur les primes sera limitée, les coûts des changements de caisses, de publicité et autres qui disparaîtraient avec une caisse unique représentent des économies réelles. Elles sont cependant difficiles à préciser en raison de chiffres non publics. Et quand la droite soutient qu’elle fait parfaitement confiance à l’OFAS pour ce contrôle, mais pas pour la gestion d’une caisse publique, on se pince devant tant de mauvaise foi.

 Mensonge n° 3: notre système de santé est le meilleur.

C’est non seulement faux puisque nous payons très cher pour des services comparables à ceux de nombreux pays occidentaux, mais, surtout, cela n’a aucun rapport avec les caisses-maladies. Nous sommes un pays riche, avec une bonne qualité de vie, d’air, d’eau. La qualité des soins dépend largement de leurs prestataires, qui ne sont jusqu’à présent ni formés ni employés par les caisses, pas plus que les hôpitaux. Le seul bémol serait la cherté des soins qui limite leur accès, mais, dans le pire des cas, la caisse publique n’y changera rien. Elle risque même plutôt d’améliorer la situation, dans la mesure où la volonté d’améliorer les soins ne serra pas contrecarrée par des intérêts lucratifs divergents.

 Mauvaise foi

Notons bien que toutes les «informations», ou presque, des opposant·e·s sont fausses ou faussement présentées comme des faits indiscutables, et en général imprécises et dépourvues de sources. La plupart des arguments sont des procès d’intention sans fondement et le texte de l’initiative ne se trouve même pas sur les sites internet. On a affaire à de la désinformation pure. Cela ne signifie pas que les votant·e·s sont dupes, mais les partisan·e·s d’une santé marchandisée affichent mensonges et mauvaise foi comme si c’était normal. C’est peut-être ce cynisme désabusé et son acceptation qui doit nous inquiéter le plus. Parviendrons-nous à convaincre de la nécessité d’un contrôle démocratique sur nos institutions ?

Un autre système de santé est possible!

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